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6 min readPublished in French

Due diligence : de l'analyse ponctuelle à l'intelligence cumulative

Ce que j'écrivais en 2017 sur le manque d'information marché en due diligence reste vrai. Mais le vrai enjeu s'est déplacé : la capitalisation.

En 2017, j'écrivais un article sur le manque d'informations marché dans les processus d'investissement.

L'idée était simple : les outils permettent de très bien analyser une cible d'un point de vue financier, mais beaucoup moins de comprendre son positionnement réel dans son marché.

Ce constat reste vrai.

Mais avec le recul, je me rends compte qu'au-delà de l'accès à l'information, il existe un enjeu encore plus structurant : la manière dont cette information est organisée, exploitée… et capitalisée dans le temps.

Une due diligence n'est pas un problème de données

Aujourd'hui, une due diligence mobilise des dizaines de documents — pitch decks, data rooms, rapports sectoriels —, des expert calls, des benchmarks internationaux, des analyses internes.

Une due diligence peut mobiliser plusieurs centaines de pages de documentation et des dizaines d'heures d'analyse — dont une grande partie reste peu réutilisée ensuite.

Autrement dit, l'information est déjà là. Le problème n'est pas son absence. C'est son utilisation.

Un coût réel… pour une intelligence peu capitalisée

Sur un deal mid-cap, la due diligence externe représente généralement entre 50 k€ et 200 k€, soit près de 0,5% à 2% de la valeur de transaction. Sur des opérations plus larges, ce montant peut dépasser plusieurs centaines de milliers d'euros.

Et pourtant, une grande partie de cette intelligence reste peu ou pas capitalisée une fois le deal refermé.

Une data room bien structurée peut réduire de 25 à 35% le temps passé par les conseils — preuve que la structuration de l'information a un impact direct, non seulement sur la qualité de l'analyse, mais aussi sur son coût.

Une intelligence encore trop fragmentée

Dans la majorité des cas, chaque due diligence reste un exercice isolé : on collecte, on analyse, on décide, puis on recommence ailleurs.

Mais ce fonctionnement a une limite structurelle : la connaissance produite reste difficilement réutilisable.

Les insights sont souvent dispersés dans des slides, encapsulés dans des rapports, peu comparables d'un projet à l'autre.

On ne manque pas d'analyses. On manque de mémoire.

Un manque de continuité

Et pourtant, une partie de cette intelligence est par nature récurrente : dynamiques de marché, structures concurrentielles, comportements clients, signaux faibles.

Plus on produit d'analyses, plus on crée de la dispersion… si rien ne les relie.

Lorsqu'elle n'est pas structurée, cette intelligence est perdue. Lorsqu'elle devient collective et organisée, elle change radicalement la manière d'investir.

Un paradoxe au cœur du private equity

En 2024, plus de 126 Md€ ont été investis en private equity en Europe, avec un volume de sorties parmi les plus élevés jamais enregistrés. Une part importante de ces transactions correspond à des secondary buyouts, où plusieurs fonds se succèdent sur un même actif.

Concrètement, une même entreprise peut faire l'objet de plusieurs cycles de due diligence lourds en quelques années. Et pourtant, la connaissance accumulée lors de ces analyses ne devient que rarement un capital réellement exploitable d'un cycle à l'autre.

Le vrai levier : la capitalisation

Ce qui crée un avantage aujourd'hui, ce n'est pas seulement la capacité à analyser une opportunité. C'est la capacité à capitaliser sur les analyses passées, les comparer, les enrichir dans le temps, et les mobiliser dans de nouveaux contextes.

Autrement dit : passer d'une logique d'analyse ponctuelle à une logique d'accumulation.

Une transformation du métier d'investisseur

Le rôle de l'investisseur évolue. Il ne s'agit plus uniquement de juger une opportunité à un instant donné, mais de s'inscrire dans un système qui permet d'apprendre d'un deal à l'autre, de structurer une mémoire, de réduire progressivement l'incertitude.

Conclusion

Le marché de l'innovation n'a jamais été aussi riche. Mais dans un environnement où l'information est abondante, l'avantage ne vient plus de l'accès à la donnée. Il vient de la capacité à la structurer, l'exploiter, et la faire vivre dans le temps.

Investir, ce n'est pas seulement décider. C'est construire une intelligence… qui s'améliore à chaque décision.